Dans l'histoire tourmentée du rock français, rares sont les formations qui parviennent à traverser les décennies sans perdre leur âme ni leur public. Souvent, les groupes brillent le temps d'un été avant de s'éteindre, victimes des modes changeantes ou des dissensions internes. Pourtant, une exception notable confirme la règle : une formation née à l'aube du nouveau millénaire, portée par une énergie inépuisable et une identité visuelle et sonore forte. Ce groupe, c'est l'histoire d'une rencontre entre une culture musicale anglo-saxonne digérée et une "french touch" décomplexée. Au centre de cette aventure, on trouve Jennifer Ayache, une figure charismatique dont le destin semblait tracé pour la lumière, mais qui a su imposer son propre prénom au-delà de sa filiation célèbre avec l'humoriste Chantal Lauby.
L'histoire débute véritablement à la fin des années 90. Jennifer, alors adolescente, revient d'un voyage initiatique aux États-Unis. Là-bas, elle a été frappée de plein fouet par la vague ska-punk et power-pop qui déferle sur les ondes, incarnée par des groupes comme No Doubt, Sum 41 ou Blink-182. Elle est fascinée par cette capacité à mêler des mélodies sucrées, presque "bubble-gum", avec une énergie rock brute et des guitares saturées. De retour en France, elle n'a qu'une idée en tête : importer ce son et cette attitude. Elle est musicienne depuis l'enfance, maîtrisant la batterie dès neuf ans et la guitare à treize, ce qui lui confère une légitimité technique immédiate. En 1999, elle s'entoure de musiciens capables de donner vie à sa vision : Michel Giovannetti et Patrice Focone aux guitares, François-Xavier Even à la basse et Guillaume Rousé à la batterie.
Le chemin vers le succès n'est pas immédiat, mais il est rapide. Contrairement à l'idée reçue du "piston", le groupe fait ses armes à l'ancienne, démarchant les labels avec leurs démos. C'est le titre "Tchi-Cum-Bah" qui servira de détonateur en 2001, attirant l'attention de la maison de disque Mercury. L'année suivante, en 2002, sort "Aéromusical". Cet album est une petite bombe dans le paysage français. Le son est frais, original, mélangeant des influences ska, pop et rock avec une désinvolture rafraîchissante. Le public, et notamment la jeunesse, s'empare immédiatement du phénomène. Des titres comme "Superstar" ou "Into the Groove" deviennent des hymnes radiophoniques.
Mais c'est véritablement avec le deuxième album, "Pop'n'Gum" en 2004, que la machine s'emballe. Le groupe prouve qu'il n'est pas l'affaire d'un seul album. Ils affinent leur style, mélangeant des textes qui parlent aux adolescents avec des compositions d'une efficacité redoutable. La consécration arrive, matérialisée par un Disque d'or. Le groupe devient une référence, et Jennifer Ayache s'impose comme une frontwoman incontournable, souvent comparée à Gwen Stefani pour son look et son énergie scénique.
La reconnaissance critique et institutionnelle atteint son apogée en 2006 avec l'album "Wow". C'est l'album de la maturité pop, intégrant des sonorités vintage des années 60 tout en restant résolument moderne. Si vous cherchez plus de détails biographiques sur cette plateforme, vous découvrirez l'ampleur de leur discographie.
Voici quelques-unes des distinctions majeures qui ont jalonné cette période dorée :
- Victoire de la Musique : Récompense du Meilleur album pop rock, une validation importante de l'industrie française.
- MTV Europe Music Award : Titre du Meilleur groupe français, soulignant leur potentiel à l'exportation.
- NRJ Music Award : Prix du Meilleur groupe francophone, prouvant leur immense popularité auprès du grand public.
- Certifications : Une collection impressionnante de disques d'or et de platine qui s'accumulent au fil des sorties.
L'album "Wow" propulse le groupe dans une autre dimension, celle des tournées internationales et des tubes qui traversent les frontières, comme "Butterfly" ou "Lola". Le succès est tel qu'il permet au groupe de sortir son premier DVD live en 2008, capturant l'énergie folle de leurs concerts au Zénith. Cependant, la vie d'un groupe est faite de cycles. Après un album "Lova Lova" en 2010 qui joue la carte de l'efficacité, et un "Sunset" en 2012 enregistré en Californie pour capter une nouvelle lumière, le besoin de souffler se fait sentir.
La pause qui suit "Sunset" est salutaire. Après plus d'une décennie sur les routes et en studio, chaque membre ressent le besoin d'explorer d'autres horizons. Le bassiste François Even lance son projet Mr Freak, le batteur Greg Jacks (qui avait remplacé Guillaume Rousé) retourne à ses amours avec The Dukes, et Jennifer Ayache se lance enfin en solo avec l'album "+001". Cette parenthèse permet à chacun de se ressourcer artistiquement. Lorsqu'ils se retrouvent en 2016 pour "Sixtape", le plaisir de jouer ensemble est intact, bien que la formation ait légèrement évolué avec l'arrivée de Jocelyn Moze à la batterie.
Aujourd'hui, avec le recul, on mesure l'impact de cette formation sur la scène française. Avec 1,5 million d'albums vendus et plus de 800 concerts au compteur, ils ont marqué toute une génération. Leurs chansons ont accompagné les premiers émois, les fêtes et les révoltes douces de milliers de fans. Le groupe a su évoluer avec son temps sans jamais trahir son ADN : une pop-rock énergique, colorée, parfois mélancolique mais toujours entraînante. En célébrant leurs 20 ans de carrière, ils ne se contentent pas de regarder dans le rétroviseur. Ils continuent d'écrire leur histoire, prouvant que le rock français peut être à la fois populaire, exigeant et durable. C'est une histoire de passion, d'amitié et de musique, une histoire qui est loin d'être terminée.